Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Témoignage : "Mickael parle à l'oreille des perdrix"

Témoignage : "Mickael parle à l'oreille des perdrix"

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Gamin, il est « tombé dans la marmite ». Passionné de chasse, de pêche, de nature, Mickaël Oustrain rêvait de devenir producteur de gibiers. Le rêve s’est accompli.

A l’école de Sempesserre, ses copains s’imaginaient un jour revêtir une tenue de pompier, de policier. D’autres rêvaient de courses automobiles. Pas lui. « Moi c’était la nature, la chasse, la pêche, » lance Mickaël Oustrain. Il vivait à la campagne avec ses parents, mais pas dans une famille d’agriculteur. « A la chasse, s’est avec des oncles et des cousins, des voisins que j’y allais. Mais une chose est sûre, je n’imaginais pas faire autre chose que travailler un jour dans la nature. » L’ado de Sempesserre ne tarde pas à choisir sa voie. Dès la fin de la classe de troisième, du haut de ses quinze ans, il prend la route de l’Aveyron. Plus précisément celle de Valrance, pour entrer dans la Maison Familiale Rurale qui abrite l’Ecole des métiers de la nature.

La seule évocation de ses années loin du bercail éveille chez Mickaël des dizaines de souvenirs heureux. Il y suit quatre années de formation : deux dans le domaine de l’élevage de gibiers, deux autres dans la gestion de la faune sauvage. Mais ce n’est pas tout. Revenu de l’Aveyron, Mickaël choisit de compléter sa formation avec un BTS gestion et protection de la nature qu’il décroche au Campus La Salle Saint-Christophe de Masseube.

Durant sa formation, Mickaël effectue un stage de conduite d’exploitation dans une propriété du Lot-et-Garonne. Son sérieux et ses qualités sont tellement appréciés que dès la fin de sa formation à Saint-Christophe, son ancien maître de stage le contacte. « J’ai juste eu le temps de m’octroyer quatre jours de vacances et j’ai répondu à son appel, se souvient-il. Il s’agissait d’un remplacement qui devait durer un mois, j’y suis resté quatre ans… » Dans cette propriété lot-et-garonnaise (un élevage de 30 000 oiseaux : des faisans et des perdrix) le jeune Sempesserrois apprend le métier. Jusqu’à devenir responsable de l’élevage. « J’ai vraiment tout donné pour le boulot durant ses quatre années », reconnait-il. Alors, très vite, l’éleveur en formation imagine voler de ses propres ailes. L’idée de créer son élevage fait son chemin. En 2014, il décide de franchir le pas. Ses parents possèdent 1,7 hectares qui va faire l’affaire pour se lancer. « C’est à ce moment-là que j’ai reçu un accueil important à la Chambre d’agriculture. Plusieurs techniciens m’ont accompagné dans mon installation, notamment pour réaliser une étude de marché. J’ai également bénéficié d’aides au permis de construire. Je tiens à les remercier aujourd’hui, car lorsque vous êtes jeune et décidé à vous jeter dans le grand bain, il est important d’être accompagné.

D’ailleurs, cet accompagnement se poursuit, se réjouit-il. Même si nous ne pesons pas beaucoup dans la filière avicole, la Chambre d’agriculture ne nous oublie pas, sur les questions liées à la de crise aviaire notamment. 

« Le travail de l’éleveur consiste à recréer tout ce qui peut se passer en milieu naturel »

Dès le départ Mickaël se lance avec 1 500 faisans et autant de perdrix. « Des clients qui m’avaient connu avant mon installation m’ont fait confiance et m’ont rejoint », éclaire l’éleveur. D’autres clients parmi les sociétés de chasse, les particuliers, les chasses privées, ont également et rapidement fait confiance au Sempesserrois. La situation géographique de l’élevage de Mickaël, aux confins du Gers, à deux vols d’ailes du Tarn-et- Garonne et du Lot-et-Garonne va se révéler comme un atout. « Certes je réalise l’essentiel de mes ventes dans le Gers, admet Mickaël, mais je travaille très bien avec les deux départements voisins. » Sept ans après son  installation, l’éleveur de perdrix et de faisans possède 18 000 animaux. Sur une propriété qui compte une unité de démarrage, un abri froid (non chauffé), une pré-volière, et une grande volière de quelque 4000 m2. « Le boulot de l’éleveur consiste à recréer tout ce qui peut se passer en milieu naturel, explique Mickaël Oustrain. C’est ainsi que l’on sort les oiseaux après trois semaines. La quatrième semaine ils rejoignent la pré-volière et enfin la volière après huit semaines. » Et ce n’est qu’à l’âge de 20 semaines pour les faisans et 18 semaines pour les perdrix, que les oiseaux pourront être vendus. « Pour les gibiers d’été (ndlr : ceux que les sociétés de chasse achètent avant la saison au contraire de ceux lâchés durant la saison de chasse), on peut les vendre à 12 et 13 semaines. »

« Nous faisons face à des prises de positions vis-à-vis de la chasse loisir qui sont très marquées. »

Les règles sont précises et rien n’ai laissé au hasard chez Mickaël, particulièrement investi dans sa démarche professionnelle mais aussi syndicale. Il a pris des responsabilités au sein du syndicat national des producteurs de gibiers de chasse et occupe d‘ailleurs la fonction de secrétaire régional. Eleveur « installé » et reconnu pour son travail, M ckaël n’en demeure pas moins lucide : « vous savez, nous sommes à un tournant sociétal. Notre job (nous ne sommes que trois éleveurs de gibiers dans le Gers) est de plus en plus compliqué. Nous faisons face à des prises de positions vis-à-vis de la chasse loisir qui
sont très marquées. Je pense que nous sommes victimes de l’intolérance sociétale. »
Un autre phénomène s’accentue selon Mickaël, celui de la baisse du nombre des chasseurs. « La pyramide des âges n’est pas favorable, note-t-il, les chasseurs vieillissent et disparaissent inexorablement. Résultat : j’ai toujours plus de clients mais des achats moins importants. » Alors Mickaël a diversifié son activité en se lançant, aussi, dans le négoce du bois de chauffage. Pour autant, son activité d’éleveur fonctionne bien, sur 11 hectares et six bâtiments dont trois hectares de volières. Son épouse Camille, conjointe collaboratrice, travaille aussi à l’extérieur. Le gamin de Sempesserre, qui rêvait de nature, de chasse, de pêche, a réussi son coup. D’ailleurs, il témoigne sans fard et avec beaucoup d’enthousiasme d’une activité professionnelle totalement épanouie.