Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Interview de Gislaine Rey "l'agriculteur a un rôle social dans la ruralité"

Interview de Gislaine Rey "l'agriculteur a un rôle social dans la ruralité"

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Agricultrice à Lavardens, Ghislaine Rey évoque avec passion et sensibilité sa profession. Le travail sur la transmission et l’installation lui parait essentiel.

« Du haut de ses 34 ans, Ghislaine Rey n’attend pas que des confrères plus expérimentés prennent en main l’avenir de l’agriculture gersoise. Elle s’investit. Avec beaucoup d’enthousiasme. « Mes grands-parents, maternels et paternels, étaient agriculteurs.
C’est dire que j’ai vécu dans cette ambiance. Et toute petite je rêvais de devenir agricultrice. Mais mes parents, qui ont créé leur propre exploitation, souhaitaient que je découvre d’autres horizons. Ils ne voulaient pas que, très jeune, je me retrouve dans un internat à ne parler qu’agriculture. » Bingo. Après ses années collèges à Fleurance, la jeune fille rejoint le lycée Maréchal-Lannes de Lectoure où elle décrochera brillamment un Bac S. Mais la scientifique n’en a pas oublié sa passion. Alors, direction le lycée de Montardon, dans les Pyrénées- Atlantiques, pour un BTS production. Deux spécialisations « vaches laitières » et « comptabilité », complètent sa formation. Sans surprise, en 2007 elle retourne sur la propriété familiale de Lavardens où elle s’installe en GAEC, avec ses parents et son
oncle. « Sur une propriété de 100 hectares et 130 têtes, laitière-bovin, sur laquelle nous produisons les céréales et fourrage nécessaires à notre bétail », précise la jeune femme. Très investie dans son boulot, Ghislaine l’est aussi dans la vie agricole. « Lorsque je me suis installée, raconte-t-elle, j’avais envie de rencontrer des personnes qui avaient fait le même choix de vie. J’avais beaucoup d’amis de ma promotion à Montardon mais ils sont désormais un peu loin. »
Sans plus tarder la Gersoise frappe à la porte des Jeunes Agriculteurs de son canton. Et elle s’engage. Jusqu’à devenir présidente cantonale des JA. Pas étonnant que son dynamisme soit repéré et apprécié. A l’occasion des dernières élections à la Chambre d’agriculture elle est assez logiquement embarquée dans l’aventure. Et siège aujourd’hui au bureau de la Chambre. « C’est passionnant, clame Ghislaine. D’autant que l’on m’a confiée le dossier de l’installation/transmission. Un sujet qui me parle », et dont elle parle très bien. « Il est primordial de dire le rôle social que l’agriculteur a au sein de la ruralité. Il garantit la vie, il contribue à la vitalité de nos territoires. » « Vous savez, poursuit la jeune agricultrice, maintenir une activité agricole dans une période économique aussi compliquée n’est pas chose aisée. Et en même temps nous devons tenir compte, aussi, de l’évolution de la société pour ne pas être en marge. C’est pourquoi, lorsque nous parlons aux jeunes qui souhaitent s’installer, nous devons être réalistes vis-à-vis des contraintes climatiques, économiques, mais aussi nous devons leur faire prendre conscience que l’on ne peut s’engager sans tenir compte du contexte sociétal, familial, affectif qui nous entoure. » Pour Ghislaine, la question de l’installation ne peut être dissociée de la question « de ceux qui s’en vont ». « Car la question du départ, donc de la succession, n’est pas toujours facile à aborder. Il n’y a pas de solution évidente. A travers les journées (Ndlr, voir ailleurs) que nous organisons sur le thème du renouvellement des générations, nous essayons de mettre en phase ceux qui ont envie de partir et ceux qui ont envie de s’installer. » « Tout le monde a un avis sur notre profession. Or on n’est pas agriculteur parce qu’on a réussi à planter une fleur sur un balcon » La jeune femme porte un regard lucide et argumenté sur la situation de ceux qui « s’en vont ». « Pour moi, et pour tous mes confrères, l’agriculture est plus qu’un métier. C’est une forme de prolongement de ses propres idées. Raison pour laquelle il est nécessaire de trouver parmi les candidats à une reprise, celui à qui notre histoire va parler. »

Voilà pourquoi, notamment, les journées de renouvellement des générations mais aussi et surtout l’accompagnement mis en place dans ce cadre, proposent à ceux qui aspirent à l’installation, « d’essayer » le métier. « Surtout à ceux qui ne connaissent pas cet univers rural, ce métier d’agriculteur, précise Ghislaine Rey. Parce que la reprise peut prendre différentes formes. On peut par exemple repartir de zéro, ou poursuivre une exploitation telle qu’elle a été pensée et menée. » Une chose est sûre, pour la jeune femme, « il est très important d’accompagner ce moment crucial de la vie des exploitations.
Lorsque l’on sait que dans les dix ans qui viennent, une exploitation agricole sur deux ne trouvera pas de repreneur, nous n’avons pas de temps à perdre. Si à travers ces données démographiques il faut voir que certaines propriétés grossisses (de deux on en fait une), et que l’absence de main d’oeuvre est une explication, il ne faut pas écarter les situations de crises -sanitaires et économiques- qui sont des facteurs aggravants. »

Mais ce n’est pas un contexte économique et sanitaire mondial pour le moins défavorable qui démoralise Ghislaine Rey dans sa volonté d’aller de l’avant. Notamment « en trouvant des solutions pour des gens qui ont envie de rejoindre notre métier. Nous devons promouvoir l’agriculture. La difficulté, aujourd’hui, est que tout le monde a un avis sur notre profession. Or, on n’est pas agriculteur parce qu’on a réussi à planter une fleur sur un balcon ! Moi je n’y connais rien en aéronautique, je ne m’aviserai pas de donner un avis sur la construction d’un avion. »

Ghislaine, passionnée d’agriculture et de ruralité, n’en reste pas moins lucide sur les difficultés à embrasser une profession pour laquelle « nous devons tout à la fois être technicien et chef d’entreprise ». Alors, inlassablement, passionnément, elle parle, et parle bien, de cette agriculture dont elle rêvait toute petite déjà sur les propriétés de ses parents, et dont elle voudrait faire profiter de nombreux jeunes.