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"Etre audacieux et maîtriser nos projets"

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Henri-Bernard Cartier poursuit ses rencontres sur le terrain. Comme à Caillavet, chez Jérémie De Ré, un jeune céréalier - éleveur, récemment converti en agriculture biologique.

Du haut de ses 27 ans, Jérémie De Ré témoigne d’un enthousiasme et d’un épanouissement réels sur la propriété familiale de Caillavet.
Il a beau cherché dans sa mémoire, avec la complicité de Philippe, son papa et toujours associé, difficile de dire combien de générations se sont succédées. « Notre famille était là à la Révolution », glisse Philippe. « Et peut-être depuis plus longtemps encore ». Aujourd’hui, c’est Jérémie le patron. Sous l’oeil bienveillant et accompagnateur du papa, il poursuit une polyculture élevage.
Sur 170 hectares, le plus jeune des De Ré cultive blé, orge, lin, sarrasin, tournesol, maïs, et élève près de soixante mères blondes d’Aquitaine. Sur ce sol argilo-calcaire, Jérémie a fait le choix de la conversion en bio. Installé depuis cinq ans, il a opté pour une diversification, pour une approche différente de l’agriculture.
« Auparavant nous exportions toute notre paille, explique-t-il. Aujourd’hui, on la laisse au champ, on la valorise. On livre un centre équestre en paille. Mon approche est une logique d’agronomie, de préservation des sols. »
Au début de son installation, Jérémie a exploité durant deux campagnes en conventionnel. « Mais la marge brute n’était pas suffisante, analyse-t-il. Entendez : une marge qui ne tient pas compte des aides. Cette marge brute est meilleure
en bio. » Face à ce choix, Philippe, le papa, a fait confiance à son fils, même s’il admet que « la conversion en bio m’a un peu inquiétée. Cela demande beaucoup de sacrifices, une masse de travail
très supérieure et une main d’oeuvre conséquente. » Ce que confirme Jérémie :
« Deux jours après la moisson, il faut déchaumer. C’est la nature qui commande dans ce type d’agriculture. »

« On doit admettre que le principe originel de la PAC n’est plus adapté »

Convaincu par la culture bio, l’agriculteur de Caillavet ne l’est pas, en revanche, par le principe de la PAC. Il a profité de la visite d’Henri-Bernard Cartier pour lui expliquer son point de vue. « Le schéma des aides m’interpelle, précise Jérémie. La PAC a été installée pour permettre au consommateur
de ne pas payer des produits trop chers. Les aides consistent donc, pour l’agriculteur, à amortir les frais toujours plus importants. Or, aujourd’hui, les aides baissent et les coûts augmentent. On doit admettre que le principe originel de la PAC n’est plus adapté. Et dans le même temps, il serait bon de rappeler
au consommateur le pourquoi de la PAC car, trop souvent, nous sommes pointés comme des profiteurs
d’aides européennes. » « Il est vrai que l’agriculteur accepte les aides parce qu’il n’a pas les moyens de
faire autrement, mais très souvent il éprouve un sentiment de culpabilité », a partagé le président de la
Chambre d’agriculture avec le jeune éleveur. « Je vais plus loin, a poursuivi Jérémie, le Gers possède une véritable richesse avec son agriculture, mais ne compte pas de grands producteurs, pas de grands rendements. Le système des aides n’est pas adapté au Gers. Aujourd’hui la PAC ne compense rien. Et
nous sommes à la veille de grandes difficultés. » Si l’éleveur de Caillavet dénonce l’actuel fonctionnement de la politique agricole commune, il reste néanmoins optimiste. Comme de nombreux
jeunes installés, il ambitionne de faire changer les choses. Son choix pour une agriculture bio n’est d’ailleurs pas étranger à son ambition.

Quant à ses relations avec la Chambre d’agriculture, il les juge très positives. « En particulier avec les techniciens qui nous accompagnent. Celui  chargé du bio nous conseille, vient régulièrement. Un autre
assure le suivi de la pesée des veaux. Quant au parcours à l’installation, il est très efficace. Aujourd’hui, 95 % des installations sont viables après cinq ans. L’accompagnement se fait sur les questions techniques, juridiques, financières. » À Henri-Bernard Cartier venu l’écouter, Jérémie De Ré suggère d’aller plus loin. « Administrativement nous aurions besoin d’une personne à notre service pour un accompagnement en gestion. La Chambre est notre seul point d’attache. Nous avons confiance en elle.
Il ne faut pas qu’elle nous échappe », a glissé le jeune agriculteur au président Cartier avec une allusion à peine voilée au rapprochement opéré avec les Chambres de l’Ariège et des Hautes-Pyrénées.

« Nous avons la chance d’avoir des jeunes qui en veulent »

« Aucune inquiétude, lui a répondu le président, notre volonté avec les deux autres Chambres est de conforter notre poids dans la grande région mais aussi de nous enrichir mutuellement de nos compétences. Nos techniciens sont à la disposition des trois Chambres. Par exemple, un technicien
spécialiste du caprin apportera ses conseils à nos éleveurs gersois qui n’ont pas aujourd’hui ce service. Non seulement il n’est pas question de s’affaiblir mais au contraire de gagner en compétence, en service, tout en baissant les coûts de ceux-ci ». Jérémie aborde l’agriculture d’aujourd’hui avec sa jeunesse et son ambition. Mais aussi des pratiques nouvelles. « J’ai déjà vendu toutes mes récoltes de printemps, éclaire-t-il. Cela ne nous était jamais arrivé. J’ai envie d’être audacieux mais à condition de maîtriser ce que j’entreprends. C’est pour cela que je ne suis pas d’accord avec le principe de la PAC. »
Flora, sa compagne, travaille à l’extérieur de la propriété mais envisage une installation prochaine.
Pourquoi pas avec des poules pondeuses bio et l’objectif  d’un petit magasin de producteurs. « Nous avons la chance d’avoir des jeunes qui en veulent, s’est enthousiasmé Henri-Bernard Cartier. A nous
de ne pas nous tromper dans les directions que l’on prendra pour l’avenir, que l’on prendra pour eux. »