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« La solution ? C’est l’association ! »

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Pour pallier aux difficultés liées à la solitude de l’éleveur, Alexis Méau a trouvé la réponse : l’association. Témoignage.

Sur les hauteurs d’Ornézan, sur sa ferme, à « Lapias », Alexis Méau accueille le visiteur avec un franc sourire. Il est 19 h 30 en cette soirée d’été et les cent mères Blondes d’Aquitaine sont nourries. Pas de stress, ni chez les animaux ni chez l’éleveur. Il faut dire que le propriétaire des lieux n’est pas seul à gérer son troupeau et son élevage de poulets.

Depuis quatre ans déjà, Anaïs l’a rejoint. Alexis est né sur la ferme familiale où son père élevait déjà un petit troupeau de vaches sur une quarantaine d’hectares. Lui, après un Bac S et un BTS « production semences » au lycée Beaulieu à Auch, ne rêvait pas forcément de prendre la suite. « J’ai d’abord commencé à travailler à la Coop de Pau, raconte le Gersois. Je faisais les saisons et donnais un coup de main à la ferme. » D’ailleurs, Alexis reconnait que si une opportunité c’était présentée au service développement de la Coop, il l’aurait sans doute saisie. Les choses se sont passées différemment. Discrètement mais sûrement, le papa a poussé le fiston à lui succéder. Et en 1997 Alexis s’installait. Très vite, il donne un coup de fouet à l’entreprise : création d’un bâtiment pour accueillir des canards puis des poulets et chapons, création d’une stabulation… puis une seconde et aujourd’hui donc, une centaine de mères. En 2008, un accident de travail empêche le père d’Alexis de seconder son fils. Alors celui-ci commence à réfléchir à son organisation du travail. « Prendre un salarié, c’est économique compliqué, analyse-t-il, et notre métier d’éleveur s’accommode mal d’un employé qui fait 35 heures, à qui il faut toujours expliquer la tâche, passer des consignes. »

Alors, face au surcroît de travail, au fait qu’il est impossible de s’arrêter, de profiter de la vie de famille, Alexis réfléchit à l’idée de trouver un associé. Il s’adresse à la Chambre d’agriculture et, à travers elle, commence à rechercher la personne idoine. « Plusieurs candidats sont venus, ont parfois essayé », en vain. Alexis ne se décourage pas, d’autant que ses deux filles (21 et 17 ans) ne laissent pas, pour l’instant, entrevoir une quelconque envie de rejoindre le père et son troupeau. Même si l’aînée est aujourd’hui en formation à l’école d’ingénieur de Purpan…

« Il ne faut pas être attaché aux biens »

Et un beau jour de 2015, Anaïs Delerveres a frappé à la porte. Cette ancienne salariée des Chambres d’agriculture de Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées, fille d’éleveur bovins dans le  Lot, connaît la chanson… Le projet lui plaît. Elle s’engage pour un premier contrat de découverte de la ferme. « Et comme tout se passait très bien, sourit Anaïs, en 2016 j’acceptais de m’associer avec Alexis. »

La jeune femme, aujourd’hui âgée de 32 ans, rachète la moitié des parts d’Alexis et devient donc son associé à part égale. D’un point de vue juridique et financier, mais aussi dans le boulot. « Nous partageons tous les travaux, précise le propriétaire de la ferme. Même si, après trois années de collaboration, il apparaît que l’un et l’autre sommes plus à l’aise dans certains champs professionnels, nous avons fait le choix de partager l’ensemble des travaux. » Avec une conséquence évidente, les deux sont interchangeables, l’un et l’autre peuvent prendre repos ou congés l’esprit tranquille, en leur absence l’associé resté sur l’élevage assure le travail. « La solution de l’association est idéale, commente Alexis. Les deux sont patrons, donc investi au même niveau, et financièrement nous pouvons profiter de l’ensemble des aides qui sont attachées à la personne de l’éleveur. »

Plus largement, Alexis Méau défend une philosophie, sans doute peu habituelle : « vous savez, il ne faut pas être attaché aux biens. Certes la ferme m’appartient mais l’ensemble de l’outil est la propriété de deux associés que nous sommes. Ce n’est absolument pas un problème et je ne souhaite pas que tout soit à moi. Cet état d’esprit permet de s’ouvrir, pourquoi pas un jour à un troisième associé. Et un peu de sang frais, une vison nouvelle et plus jeune d’un associé, font beaucoup de bien à une entreprise. »
Le GAEC d’Alexis et Anaïs vient de racheter une vingtaine de vaches à la famille lotoise d’Anaïs. Le développement de leur activité se poursuit. Et cet été, l’un et l’autre pourront prendre quelques jours de repos, l’esprit tranquille.