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"Je compte mes vers de terre" Interview de Alain De Scorraille

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Alain de Scorraille est un adepte de l’agriculture de conservation des sols. Dix ans de pratique et des résultats très positifs à la clé. Rencontre.

Alain de Scorraille a suivi un parcours classique. D’abord au lycée agricole Saint Christophe de Masseube avant l’école supérieure La Raque pour y décrocher un BTS. Un petit détour par le CRITT à Auch pour une formation de commercial « histoire de s’ouvrir l’esprit », et Alain s’est installé à Blanquefort sur des terres familiales. Plusieurs opérations de regroupement et d’acquisition de terres plus tard, il est à la tête aujourd’hui de 240 hectares (dont 60 en Lotet-Garonne) consacrés aux grandes cultures (maïs, blé, tournesol, soja, blé dur, blé  améliorant, orge, féverole). Une activité classique et des pratiques qui l’étaient tout autant. Jusqu’en 1998 et une certaine prise de conscience. « Je me rendais compte qu’avec l’irrigation la terre était verdâtre, la terre était asphyxiée, on tuait tous les vers de terre. » Une rencontre va changer le cours de la vie professionnelle d’Alain, celle avec Claude Bourguignon, « un chercheur de l’INRA qui s’intéressait à la vie des sols et qui expliquait que l’on détruisait la terre en la labourant, en accumulant de la matière organique en surface. »

L’agriculteur de Blanquefort arrête de labourer. Deuxième étape en 2011 lorsqu’il se lance dans le couvert végétal. Et depuis 2015, 100 % de sa propriété est en couvert. « Je suis fasciné par l’agronomie, explique-t-il, par la vie du sol. Je souhaitais devenir un agronome-producteur pour préserver le capital des sols. Je me désolais, notamment, de constater après chaque orage une érosion importante des sols.
Je ne pouvais me résoudre à perdre mon capital. Il fallait donc modifier ma façon de travailler. » Il recouvre alors ses champs de féveroles. « Des légumineuses qui enrichissent les sols en azote ce qui réduit
les engrais et protège le sol du froid, des extrêmes chaleurs. Le couvert remplace aussi nos outils car la plante et ses racines font ce que je faisais mécaniquement. » Autre conséquence positive aux yeux d’Alain, « le retour du vers de terre ». « C’est lui qui rajeunit la terre, qui l’enrichit, qui créé des aérations, qui permet à l’eau de s’infiltrer et facilite le passage des racines. » On l’aura compris, Alain de Scorraille le revendique, il est un spécialiste du vers de terre et promeut ses bienfaits pour les sols. D’ailleurs, l’agriculteur les compte. « Je peux vous dire que dans un sol labouré on en compte environ 40 au m2 contre 250 à 280 dans mes sols couverts. » Loin d’être un original, Alain se réjouit du développement de ces pratiques : « de plus en plus d’agriculteurs adhèrent à cette culture et d’ailleurs il suffit de se balader pour voir de plus en plus de féveroles. » « La rupture avec ce que l’on faisait est le seul moyen de compenser les désagréments du changement climatique » . Avec le recul « et passé le cap de la mise en route », Alain de Scorraille observe des éléments objectifs en terme de « biodiversité, de fixation d’azote, une absence d’érosion ou encore une plus grande portance des sols ».

Il se réjouit « de découvrir de nouveaux insectes » et des changements dans son travail : « comme une réduction du temps de travail et l’utilisation de moins d’outillage (charrue par exemple). » Il observe par ailleurs « moins de maladie ». Pour lui, « la rupture avec ce que l’on faisait est le seul moyen de compenser les désagréments du changement climatique qui se caractérise par une baisse du débit de l’eau depuis dix ans, des températures plus élevées, plus d’évaporation des plantes, des pluies plus soudaines et plus fortes, une sécheresse plus intense. » Cette réponse s’appelle « l’agriculture de conservation des sols », qu’il pratique et dont il défend les aspects positifs. « Car en couvrant les terres (par des plantes vivantes ou matières mortes) on réduit le travail du sol. Pour les éleveurs, ajoute-t-il, c’est aussi une augmentation de la  ressource en fourrage. » Alain de Scorraille ne le cache pas, « mes trois dernières années ont été mes trois meilleures récoltes, malgré des conditions météorologiques aléatoires. Par ailleurs, j’observe des impacts positifs sur la qualité de l’eau car les limons ne finissent plus dans l’eau, les molécules restent dans les champs. Quant aux plantes, elles récupèrent le Co2 et le laissent dans le sol. » Le producteur de Blanquefort, pour qui l’agriculteur « travaille pour tout le monde, pour l’humanité », en appelle à « une stabilité politique » pour encourager et défendre ces pratiques. Il
se réjouit d’autre part « que les chercheurs sortent de leur labo pour venir constater les évolutions sur le terrain. » Des évolutions qui vont dans le sens de cette agriculture de conservation des sols dont Alain de Scorraille est un des principaux acteurs et promoteurs dans la région.