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Interview de Mathieu Duprat "on vit bien avec un petit troupeau"

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Mathieu Duprat, éleveur de Blondes d’Aquitaine invite les jeunes à épouser le métier.

Sans éluder des conditions de travail difficiles.

Rencontre.

Dès que l’on évoque la question de l’élevage et plus particulièrement la race Blonde d’Aquitaine, les yeux de Mathieu trahissent une passion née au coeur de son enfance. Originaire de Fleurance, où il a vécu avec ses parents, ses souvenirs de gamins le rappellent du côté de Aux-Aussat, sur la propriété de sa marraine qui élevait… des Blondes d’Aquitaine.

Après le collège de Fleurance, Mathieu rejoint le lycée de Mirande pour un cursus BEP/ Bac pro. Puis direction Montardon où il décrochera un BTS en production animale. Le garçon ne s’arrête pas en si bon chemin. Il rejoint
l’Aveyron pour une licence qu’il réalise en alternance avec la Maison de l’élevage dans le Gers.  « Cette formation a été créée par la Chambre d’agriculture de l’Aveyron pour former ses propres techniciens dans l’élevage », explique Mathieu Duprat. Diplôme en poche, il est embauché par la Maison de l’Élevage et le Groupement de Défense Sanitaire du Gers.

De 2011 à 2015, il a pour mission de conseiller, de réaliser un suivi sanitaire des troupeaux, plus largement d’aider et d’accompagner les éleveurs bovins. Jusqu’à ce que la passion pour l’élevage le titille de nouveau. « J’ai toujours eu envie de m’installer, avoue Mathieu. Il fallait simplement une opportunité. » Cette opportunité surgit en 2014 lorsque sa marraine décide de prendre sa retraite. Il monte une société avec deux autres cousins et, le 1er janvier 2015, s’installe sur les 100 hectares de sa marraine à Aux-Aussat. « Cette exploitation je la connaissais par coeur. Enfant et jeune, je venais en vacances et donnais un coup de main. Plus tard, lorsque ma marraine partait à Paris avec des animaux pour le concours général agricole, j’assurais l’intérim. » Sur les 100 hectares, la moitié est consacrée aux prairies et aux Blondes. Une cinquantaine de mères pour un troupeau d’une centaine de têtes par an. Mathieu poursuit l’aventure avec cette race dont il ne tarit pas d’éloges. « C’est la race locale la plus présente dans la région et celle qui permet le mieux de s’en sortir économiquement. » Pour étayer son propos, l’éleveur évoque la vente des veaux et une valorisation intéressante, des animaux qui « à l’engraissement ont la meilleure croissance », ou encore des veaux qui, à poids égal, se vendent « cent euros de plus que la plupart des autres races. »

« Beaucoup d’éleveurs ont des fils qui préfèrent se mettre sur un tracteur dix heures par jours mais qui n’ont pas besoin de le nourrir le dimanche… »

En co-président (avec Vincent Mathieu) du Syndicat de la Blonde d’Aquitaine dans le Gers, il joue à fond la « promo » de la Blonde. Et se bat pour que la relève se montre. « Malheureusement, nous avons du mal à inciter les jeunes à s’installer dans l’élevage. Il faut dire que l’astreinte 365 jours par an ne fait pas forcément rêver. On entend beaucoup d’éleveurs qui ont des fils qui préfèrent se mettre sur un tracteur dix heures par jours mais qui n’ont pas besoin de le nourrir le dimanche… » Pourtant, des arguments Mathieu n’en manque pas.  Avec en premier lieu la considération économique.  « Lorsque j’ai un petit souci, je vends quatre vaches et remets ainsi 8 000 euros de trésorerie dans mon exploitation. Certes, je décapitalise mais cela permet de parer aux coups durs. Cela n’est pas possible pour un céréalier. C’est pourquoi, il vaut mieux avoir un hectare de prairie avec des animaux dessus qu’un hectare
de céréales. » L’éleveur n’oublie pas de souligner toutefois qu’ « aimer les animaux est une chose primordiale pour se lancer. Celui qui n’aime pas les vaches ne fera pas bien le boulot. »

Et pour lui, au regard de l’agriculture gersoise « très diversifiée », il est « évident que l’on ne peut pas être bon dans tous les domaines. L’élevage demande de la technicité. Lorsque l’on regarde les grandes régions d’élevage, on constate qu’il existe une qualité certaine dans le travail. » Le co-président du Syndicat sort un autre argument du chapeau, « celui de la stabilité du prix de vente de la viande bovine ». Certes, en ce moment, les prix connaissent une forte hausse (à mettre en parallèle avec les hausses des autres produits) mais si on regarde sur une génération, on note que les prix sont plutôt stables et donc que l’on peut bâtir son budget plus facilement qu’un céréalier.

« Pour moi, il est plus important de ne pas rater les foins sous peine de compromettre mon année à venir avec mes vaches. Mieux vaut louper une culture que le fourrage. »

Quant à ses 50 autres hectares (soja/blé/maïs irrigué), là encore Mathieu ne mâche pas ses mots. « Je suis en fin de conversion bio. Mais je viens de décider de repasser en conventionnel. J’étais parti un peu à contrecoeur sur le bio (dans le cadre d’une petite CUMA), mais je me rends compte que je ne peux consacrer le temps nécessaire à la culture en bio tout en gérant mon cheptel. Car le bio demande beaucoup plus de travail mécanique et donc plus de temps dans des périodes où des travaux se chevauchent. Or, pour moi, il est plus important de ne pas, par exemple, rater les foins sous peine de compromettre mon année à venir avec mes vaches. Mieux vaut louper une culture que le fourrage. »  « Je vais donc repasser en conventionnel, explique-til, en semi-direct et couvert. Il a fallu faire un choix que j’assume totalement. D’autant que ma structure est trop petite pour que je puisse embaucher quelqu’un. »  Mathieu va redevenir avant tout un éleveur au plus près de son bétail, et continuer à porter la bonne parole auprès des jeunes, ce qu’il fait régulièrement dans les lycées agricoles. « Souvent face à moi, j’ai des gamins fascinés par du matériel qui brille. Il n’est pas toujours facile de leur dire que l’on vit très bien avec un petit troupeau. D’autant que la société rabâche que les vaches polluent, qu’il ne faut plus manger autant de viande… » Une fois passées ces considérations qu’il démonte, Mathieu égraine inlassablement tous les points positifs qui égaillent quotidiennement sa vie d’éleveur.

Crédit photo : Mathieu Duprat