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Interview de Bernard Malabirade sur les dossiers importants de la rentrée

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Bernard Malabirade, président de la Chambre d’agriculture, fait le point sur les dossiers importants de la rentrée, les conséquences de la crise et évoque les projets des mois à venir. Rencontre.

Volonté Paysanne du Gers : Les caprices climatiques du printemps et de l’été ont été nombreux, quelles conséquences sur les productions gersoises ?
Bernard Malabirade : Le syndicalisme FDSEA et JA et les organisations économiques, les copératives en particulier, nous ont sensibilisés sur ces conséquences. En effet, on observe une baisse de 30 à 50 % des rendements moyens sur les céréales d’hiver. Or, il faut bien comprendre que celles-ci sont les plus importantes dans nos assolements, de l’ordre de 200 000 hectares dans le département. Ces récoltes sont la base de la trésorerie pour un grand nombre d’exploitations. Et comme dans le même temps nous subissons, depuis plusieurs années, un contexte de prix bas et de stocks mondiaux importants, la situation n’est pas favorable. Le Covid-19 et une consommation moindre s’ajoutent à cette situation qui appelle à prendre de bonnes mesures. Je pense en particulier au dégrèvement à 100 % que nous demandons sur l’impôt foncier. Il serait également nécessaire que les mesures Covid (prêt à taux bas par exemple) soient étendues à l’ensemble des entreprises agricoles. Il est urgent de ramener de la trésorerie dans les exploitations.

VPG : La viticulture a elle aussi beaucoup souffert des conditions climatiques…
BM : Nous avons effectivement à déplorer plusieurs orages de grêle qui ont durement touché le vignoble armagnacais. Avec le syndicat des Côtes de Gascogne, nous avons rapidement réagi pour obtenir une autorisation d’enrichissement mais aussi de l’achat de vendanges pour ceux qui ont été les plus impactés. En liaison directe avec le nouveau ministre de l’agriculture, nous avons trouvé rapidement des accords. Ce nouvel épisode nous rappelle que l’assurance grêle reste primordiale mais que nous devons, aussi, développer des outils comme les cheminées anti-grêle.


VPG : Pour les autres productions, celle d’été ou animale, quel bilan faîtes-vous ?

BM : Pour les cultures d’été la situation est également très délicate. Des semis ont pourri dans les sols, des semis ont dû être refaits, beaucoup de cultures ont manqué d’eau. Les rendements ne seront pas au rendez-vous. Quant aux productions animales, elles sont victimes d’une absence d’eau depuis trois mois. Une année encore difficile.

VPG : Vous évoquez beaucoup le problème de l’eau, il semble que cette problématique n’évolue pas…
BM : Avant tout, je souhaite saluer l’excellent travail de nos équipes de l’organisation Neste qui pilotent finement la situation. Malgré les conditions que nous connaissons, leur travail a permis que l’étiage tienne le plus longtemps possible et nous savons que la période automnale peut également être complexe. Même constat et même remerciements pour l’institution Adour. Nos agriculteurs ont pu travailler correctement. Mais une fois encore cette situation délicate montre du doigt l’enjeu de la réserve en eau. Nous ne stockons en France que 1,7 % de l’eau qui tombe quand l’Espagne en récolte 17 %. Et dans le même temps, l’agriculture espagnole connaît une croissance… Nous devons être conscients qu’aujourd’hui se joue l’avenir des vingt années qui sont devant nous. Parler de croissance verte, de transition écologique n’a pas de sens si nous ne nous donnons pas les moyens de récupérer de l’eau. A terme, sans eau, nous aurons peu de production.

VPG : Dans ces conditions, comment se comporte la culture bio ?
BM : Le Gers est le département français le plus bio, que ce soit en nombre d’hectares ou de producteurs. Cette accélération ne faiblit pas ces derniers mois avec plus 20 % de production biologique. Avec une particularité, la majorité des productions bio concerne les céréales.  La faiblesse agronomique de certains de nos sols explique notamment l’intérêt des conversions. Les prix du bio -il faut espérer que cela perdure- sont également un attrait supplémentaire.

VPG : La situation sanitaire liée au Covid-19 impacte toute l’économie mondiale. Quels effets déplorez-vous sur l’agriculture gersoise ?
BM : Nous avons d’abord, et immédiatement, souffert du confinement. L’effondrement du tourisme, la fermeture des restaurants ont terriblement impacté bon nombre de nos productions. L’été que nous venons de vivre a malheureusement confirmé nos inquiétudes et annonce peut-être ce que seront les prochaines années. La fréquentation touristique n’a pas été celle espérée. L’annulation de tous nos grands rendez-vous culturels (à commencer par Jazz in Marciac) a été très préjudiciable. Nous devons impérativement nous demander comment nous allons vivre les années à venir. Comment séduirons-nous la clientèle française et celle du Nord de l’Europe qui a rejoint cet été les bords de mer et la montagne ? Nous devons tout faire pour offrir de nouveau une palette culturelle de qualité sans laquelle les vacanciers ne reviendront pas. Le bon vivre c’est bien, mais nous devons y ajouter de l’animation culturelle, du « vivant ». Nous sommes clairement en compétition avec la mer et la montagne.

VPG : Dans ce contexte défavorable, quelles filières ont été le plus sérieusement touchées ?
BM : Pour des raisons liées au fait que le foie gras est un produithaut de gamme, l’aviculture souffre beaucoup. La fermeture des restaurants, l’annulation de grandes fêtes familiales, pèsent lourdement dans les trésoreries. En revanche, le poulet se porte bien. Mais attention, le Poulet du Gers, de qualité et donc un peu plus cher, pourrait être mis en difficulté par une récession économique durable. La viticulture, outre les conditions climatiques évoquées, subit les mêmes conséquences avec une consommation en baisse. Nous avons obtenu une distillation de crise qui a permis de vider les chais pour accueillir une récolte précoce mais de très belle qualité. Là encore, il est urgent que la restauration retrouve durablement un bon niveau d’activité.


VPG : Pourtant, lors duconfinement, les produits gersois avaient su tirer leur épingle du jeu…
BM : Notamment grâce aux nombreuse initiatives de type « panier » que les consommateurs ont particulièrement appréciés. Mais attention, l’acheteur avait le temps d’y penser, d’aller chercher à la ferme voisine ses vins, fromages ou légumes. Aujourd’hui, il est repartit au travail et retrouve ses habitudes et le chemin de la grandedistribution. Il ne faut pas croire que le mode de distribution va fondamentalement changer.


VPG : Même si la situation pourrait être plus réjouissante, la Chambre d’agriculture nourrit elle une ambition pour les mois à venir ?
BM : Bien évidemment ! Cette ambition est à lire à la lumière de plusieurs et importants projets que nous portons. Elle passe en particulier par une nouvelle organisation que nous souhaitons au plus près des agriculteurs et aux côtés des intercommunalités avec qui nous souhaitons collaborer pour un développement concerté et efficace de notre département. C’est ainsi que sur le mode « agence », nous mettons en place une organisation sur les territoires Armagnac-Adour, Auch-Astarac et Portes de Gascogne pour être au plus près des agriculteurs. Ce besoin de proximité est une attente tout à la fois des agriculteurs, de nos partenaires et de nos collaborateurs. Plus de proximité doit être synonyme de plus d’efficacité. Avec les intercommunalités l’enjeu est là aussi très important, à l’instar du travail sur l’érosion que nous avons mené avec Bastides de Lomagne. L’appui aux déclarations PAC, un nouveau groupe de travail en viticulture, l’installation d’un conseiller en maraîchage sont aussi des axes forts que nous développons.

VPG : Ces dernières semaines  une bonne nouvelle est venue du côté de l’abattoir d’Auch. Vous confirmez ?
BM : Je confirme. Le groupe Bigard a décidé de reprendre l’activité d’Arcadie à Auch. Il est heureux de constater que des professionnels s’intéressent à cet outil. Ils ont également été séduits, je le pense, par l’image attachée au Gers et à ses produits. Malgré la défaillance du précédant exploitant, nous avons beaucoup d’espoir pour cet outil. L’engagement financier du Grand Auch, que je salue, a beaucoup compté et a permis cette reprise, aujourd’hui. Et nous n’oublions pas le projet d’abattoir de Condom, qui n’est pas remis en cause. Il concerne davantage les filières courtes, multi espèces, et en cela répond à une vraie demande, de vente directe notamment. L’intérêt, à mes yeux, est mutualiser les compétences entre ces 2 outils.


VPG : La France s’est dotée d’un nouveau Premier ministre gersois et un nouveau ministre de l’agriculture et vous venez d’accueillir un nouveau préfet. L’occasion de leur passer des messages…

BM : Le Premier ministre montre qu’il est très attaché aux problématiques des territoires. C’est une bonne nouvelle. Nous avons pu le constater très récemment lors des derniers orages de grêle. Nous nous en réjouissons. Quant au préfet, nous lui avons fait découvrir une ferme gersoise et présenté tous les sujets qui nous préoccupent. Nous allons très vite entrer avec lui dans les dossiers importants pour notre avenir.