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Biodiversité : interview de Vincent Blagny "je ne suis ni écolo, ni donneur de leçon".

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Sur la propriété familiale de Leboulin, Vincent Blagny vit la biodiversité comme « un moyen de redonner de l’envie et de l’ambition » à son métier. Rencontre.

Vincent Blagny est Tarn-et-Garonnais. Après un BTS en production avicole en Indreet-Loire, c’est lors d’une spécialisation avicole en Bretagne qu’il croise une étudiante gersoise, Sylvie Albigès, dont les parents possèdent une exploitation en polyculture élevage à Leboulin.
La suite on la devine. Le Tarn-et-Garonnais suit sa jeune épouse dans le Gers et au départ à la retraite du papa Albigès, en 1996, ils reprennent la propriété. Fils d’agriculteur lui-même, il aurait pu, aussi, reprendre la propriété de ses parents dans les Causses. « Nous avons choisi Leboulin », sourit-il. Une propriété de 110 hectares sur laquelle Vincent installe quatre bâtiments et se lance dans le poulet label en bande unique. Et cela dure depuis 22 ans. Avec une volonté, dès le départ, de regarder du côté de la biodiversité… Dont il parle avec simplicité et justesse : « sur la propriété existe un ensemble d’êtres vivants, animaux et végétaux. Leur présence créé un écosystème équilibré. Une chaîne alimentaire sans maillon faible.» De tout temps, Vincent Blagny dit s’être « intéressé aux oiseaux, à la nature ». Mais le véritable déclic, c’est avec « Arbre et paysage » qu’il l’a eu. « Au tout début c’est avec eux que j’ai aménagé les parcs à volailles. Avec très vite la prise de conscience que le fait qu’elles évoluent en pleine nature, qu’elles s’y nourrissent, avait des conséquences sur les coûts (moins nombreux) d’aliments. »  L’autre effet immédiat, il explique l’avoir observé sur la partie végétale de son exploitation. « Nous sommes sur des terres peu fertiles, des sols argilo-calcaires superficiels. Aussi, la remise en place de haies pour quadriller nos parcelles, les rendre plus petites nous a permis de lutter contre l’érosion aratoire, hydrique et a aussi été un bon moyen pour éviter les effets « sèche-cheveux » produit par le vent d’autan. Les arbres au milieu des champs font une barrière naturelle qui évite le dessèchement, » précise l’aviculteur de Leboulin.
Depuis deux ans, Vincent a pris le chemin de la culture biologique. De la même façon, avec l’arrêt de l’élevage bovin sur la propriété, « nous n’avions plus de fumier et plus de prairie, pointe Vincent, donc des pertes de matière organique. Depuis le début des années 2000, tout est broyé sur place et le fumier des volailles, très fertilisant, est épandu dans nos champs. »
Depuis deux ans, Vincent Blagny a pris un autre chemin. Celui de la conversion en culture biologique. « L’année prochaine nous aurons des poulets bio. » Avec toujours plus de contraintes mais aussi des signes positifs comme un prix rémunérateur et, chez l’aviculteur, un sentiment qui ne souffre d’aucune contestation : « cette démarche redonne  de l’envie et de l’ambition dans notre métier. Sans doute parce que nous y voyons des effets. » Mais alors, écolo l’aviculteur de Leboulin ? Il éclate de rire avant de répondre. « Non, ni écolo, ni donneur de leçon. Je n’aime pas le terme écolo que je trouve trop péjoratif. Et puis durant de longues années j’étais un adepte de l’agriculture conventionnelle.
Je crois qu’il existe un juste milieu qu’est l’agriculture de conservation. »
Lui, l’adepte de la biodiversité, lui, demain, l’aviculteur bio, multiplie les projets et conforte sa démarche d’abord « nature ». « Sur nos désormais 132 hectares de grandes cultures, mon épouse a un projet d’installation de poules pondeuses bio. Il s’agira d’une activité supplémentaire pour notre exploitation et un ajout supplémentaire de fertilisants grâce à la fiente de ces poules. » Des poules qui, évidemment, évolueront sur un parcours agro-forestier d’un peu plus de 4 hectares pour environ 9000 têtes. Elles s’ajouteront aux 56 000 poulets labels rouges Gers qui sortent tous les ans de la propriété des Blagny. Avec toujours la même ambition « d’utiliser au maximum tout ce que nous offre notre propriété, éclaire Vincent, les bois, la source naturelle. Il ne s’agit pas de brandir la biodiversité
pour se faire plaisir, pour être tendance. L’idée est davantage d’avoir une chaine alimentaire équilibrée. Pour cela nous protégeons les insectes auxiliaires qui compenseront l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires.»
Aussi Vincent se réjouit-il de constater que le rucher permanent sur sa propriété se porte très bien, que des oiseaux comme certains types de rapaces sont de retour. Quant à sa douzaine de brebis, elles « sont la tondeuse de la propriété », plaisante Vincent. Une autre ambition anime  l’aviculteur : « celle d’entretenir les magnifiques bâtiments de la propriété », en lorgnant du côté de sa propre succession. Et si un des deux enfants de Sylvie et Vincent demain prenait la suite...